Le centre de tri postal à Marseille

Publié le par Janick Lebon

 

Le centre de tri postal de Marseille gare

Photo : Ma fille Ariane, la petite dernière (ici avec son compagnon « Greg » lors d’un repas de fin d’année à la maison), ne va pas tarder à s’envoler du nid familial. Mais je me dis quand même que j’ai une chance : mes trois enfants sont toujours à Marseille.

 

Je continue mon récit sur mon intégration à la Poste.

 

En quittant Rueil-Malmaison, je ne savais pas, pour ce qui est du type de travail que j’aurais à faire, où j’allais tomber. Au centre de tri de Marseille gare, j’étais affecté à la « brigade B », et je travaillais un jour le matin de six heures à douze heures et le lendemain de douze à vingt heures, ainsi de suite.

Je me suis retrouvé sur un des quais de la gare à vider les wagons postaux : chaque sac pesait environ vingt kilos ; et il fallait le sortir du wagon et le mettre sur un chariot où était indiquée la destination du sac. L’administratif chez les marins pompiers de Marseille était devenu un simple manutentionnaire. Je n’en pouvais plus ! D’autant que tous les jours, c’était la même chose.

Et quand venait l’hiver, dans un froid de canard il fallait continuer le même travail. J’avais une cagoule, des gants, une grosse veste, une écharpe, et je n’arrêtais pas de soulever des sacs. Là aussi j’ai fait une petite dépression – je me sentais dévalorisé. J’ai demandé à la direction de m’affecter en salle pour faire du tri, pour raison de santé. Un mois après, je me suis retrouvé derrière un casier pour trier les lettres. J’avais enfin trouvé ma place, mais j’avais l’impression qu’on nous traitait comme des esclaves.

Moi qui commandais dans la marine, me voilà au plus bas de l’échelle à exécuter les ordres. Les chefs étaient derrière nous à nous pousser à travailler plus vite. Je ne supportais plus cette ambiance. Je travaillais à ma façon et n’écoutais pas les ordres. Je n’en pouvais plus et je sentais monter en moi une angoisse. Un jour, j’ai quitté mon casier pour rentrer chez moi sans demander l’autorisation à quiconque, et là j’ai craqué. Médecin, clinique, cinq ans de longue maladie et au bout ma mise à la retraite pour invalidité.

Aujourd’hui je pense ne plus être vraiment préoccupé par cette dévalorisation, comme par le passé ; je vis en paix avec moi-même. Et je suis toujours malade ! Pourquoi ? Je ne sais pas d’où vient le mal, mais je souffre de me sentir seul à la maison, et de ne pas pouvoir faire quoique ce soit pour y remédier. J’attends le soir que mon épouse rentre du travail, et là je suis apaisé.

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