Journal résistance
Photo: de gauche à droite: ma belle-soeur; ma cousine; et ma femme.
Journal-résistance :
Je me bats pour essayer de sortir de la spirale de la dépression. Voici quelques extraits de mon journal, pour illustrer toutes les résistances opposées à la maladie :
- Je viens d’acheter le livre de David SERVAN-SCHREIBER, au titre prometteur : « GUERRIR ». Ce livre traite du stress, de l’anxiété, de la dépression sans médicaments ni psychanalyse. Maintenant à moi de parcourir cet ouvrage pour trouver enfin le nirvana.
- Aujourd’hui dimanche jour de repos. J’avais laissé tomber la messe, mais à partir de dimanche prochain, je reprendrai le chemin de la messe. Cela me fera sortir de mon lit, pour me préparer (m’endimancher quoi !) et pour partir à pied à l’église, comme on faisait au Bois de Nèfles (Réunion) du temps des parents. On est aussi au mois de mai où l’on fête la Vierge Marie.
- C’est dur de remonter la pente après avoir sombré dans le néant de la dépression. J’ai tellement envie de poursuivre l’emploi du temps que je me suis préparé pour rester actif ! Que tout s’écroule à mes pieds. Me revoilà malade, prêt à plonger dans l’antre de mon lit pour fuir ces moments-là et ne pas voir la journée passer.
J’ai la vaisselle à débarrasser, les lits à faire, la douche à prendre. Je ne veux rien de tout ça ; je veux rester recroquevillé sur moi-même. Je n’ai plus envie de vivre gaiement cette journée. J’ai l’impression de sombrer dans la dépression tout comme avant la clinique. Il faut que je me ressaisisse vite, sans attendre que le mal passe, car sinon je n’aurai plus le plaisir d’être en forme et tout ce qui a été fait avant tombera comme un château de cartes.
J’ai téléphoné à Elyane pour lui donner mon état de santé ce matin ; elle m’a dit que j’en faisais trop (les activités physiques). Je n’ai pas tenu le choc et je me suis effondré. L’horloge vient de sonner 10 heures et je suis toujours en pyjama, en train d’écrire tout ce qui me passe par la tête. Il faut que je retrouve la force de me bouger, sinon gare à la rechute. Je ne peux pas aller me promener en pleurant, alors je reste chez moi, rongé par le mal. Je sens venir une crise.
Avec Elyane nous avons programmé tout en douceur mes nouveaux exercices, sinon je ne pourrai jamais tenir pour perdre du poids et retrouver la ligne avant le mariage de Cédric.
Phase sportive ce matin selon le calendrier mis en place dernièrement. J’ai eu beaucoup de difficultés à m’y mettre.
Il fait un peu sombre dans la maison. J’ai mis de la musique partout. La même station de radio, dans la cuisine, la chambre, le séjour. Je prends un bain de chansons. Il faut que je réveille ma bonne humeur, sinon la journée sera terne.
J’ai téléphoné à Elyane. Elle a essayé de me consoler au téléphone. Je vais essayer de joindre Nicol (mon frère, à la Réunion) par téléphone, histoire de faire passer le temps et de trouver un réconfort auprès de lui. Je l’ai eu au téléphone. C’est en pleurant que j’ai discuté avec lui de tout ce qui m’arrive. J’ai fait du vélo, bu un grand verre d’eau, et j’ai allumé la télé, mais je n’ai pas pu regarder quoique ce soit.
- J’ai mis la radio dans toutes les pièces de la maison. Quand je m’y promène la radio me suit partout. Cette dernière ne doit plus me quitter. Le volume de la maison est rempli de chansons diverses ; même les animaux (le chien et les chats) sont plus tranquilles. Il y a de l’animation partout. Je me mets aussi dehors sur mon transat et j’écoute les oiseaux. Le soleil frappe mon visage et je me sens bien. J’évite de laisser mon esprit vagabonder car tout de suite, je retombe sur les symptômes de ma maladie et je replonge dans mes angoisses.
- Par rapport aux effets des médicaments, je laisse tomber les exercices de musculation. Je n’arrive plus à bouger une jambe. Que dois-je faire ? Je ne peux pas aller au mariage de Cédric si gros. J’aurai honte de moi-même. Alors il faut bouger ! Mais quoi faire ? Le fait d’y penser me fait pleurer. Je suis devenu un hypersensible.
- Alors ce matin : Poids 82 kg ; tour de taille : 117 cm. Par rapport à samedi dernier, rien n’a bougé. Il faudra faire mieux cette semaine, pour arriver au mariage de Cédric à un poids et à un tour de taille raisonnables. Je m’y attellerai.
Elyane essaie de me calmer par téléphones interposés. Je l’écoute et je continue à écrire. La crise est forte, je m’accroche. Je n’en peux plus. Il faut que je m’allonge, mais comment faire avec les jambes raides ? J’ai décidé à rester là à écrire.
À sortir de la crise, j’aimerais bien savoir ce que cela a donné d’écrire. J’ai mal à la poitrine. Mon cœur s’accélère, je l’entends battre dans ma poitrine. Je vais essayer de m’allonger sur le divan. Je ne peux pas continuer à écrire dans cet état.
- Mon Dieu, si j’avais une solution. Je sais qu’il faut m’occuper. Ne pas rester tout seul dans son coin, mais c’est plus fort que moi. Je n’arrive pas à prendre mon corps entre mes mains et le secouer comme pour le réveiller.
- Je sens que la journée sera pénible. Je suis découragé. Hier, Elyane nous a conduits à Luminy pour marcher. Nous avions fait à peine 500 m. J’ai voulu rentrer car je me sentais défaillir. Elyane aussi est découragée. Elle ne sait plus par quels bouts me prendre. Que deviendrais-je si elle abandonne et se rend, elle aussi malade ? Elle est le seul poteau sur lequel je m’appuie. Si le poteau tombe, et moi avec, quel désastre ? Quelle femme ! Elle prend tout sur elle, à son compte. Aucun mouvement d’humeur n’apparaît. Elle ne chôme jamais. Après le travail, les courses puis le ménage, sans oublier le lavage, le repassage, le dîner, le rangement, etc. Et sa journée se termine ainsi sans un cri de désespoir. Le Bon Dieu m’a fait rencontrer une sainte qui est devenue ma femme.
- J’ai téléphoné à Eliane comme tous les matins ; j’expose mon problème. Elle n’a rien à apporter la pauvre, à part de me dire de me changer et d’aller chercher le journal. Il est 9H15 et je suis toujours en pyjama. Il y a des lits à faire, la machine à vaisselle à débarrasser et je n’ai envie de rien.
Il est 16H30. Je viens de suivre quelques sets à Roland Garros. Je me sens un peu mieux. À midi, Elyane est venue manger avec moi, cela m’a permis de souffler un peu, et de recueillir ses encouragements.