Arrivée à Marseille

Publié le par Janick Lebon

 

Page 8

 

Arrivée à Marseille :

 

Photo: Me voici aujourd'hui lors d'une ballade sur une des hauteurs de Marseille. 

La nuit commençait à tomber sur Dakar. Le « Jean Laborde » appareillait dans un profond silence. Tous les passagers étaient accoudés sur la rambarde et regardaient s’éloigner la ville. Un beau coucher de soleil s’offrait à nous. Nous allions toucher bientôt au but : Marseille. La mer paraissait comme endormie ; et je me disais alors, c’est sûr que nous allions aussi bien dormir. Mais il nous a fallu encore tuer beaucoup de temps pour voir le bout, des jours et des jours avant de découvrir les montagnes calcaires de cette partie de la côte provençale aux alentours de Marseille.

 

Au cours de cette dernière étape du voyage, un matin j’ai eu l’agréable surprise de découvrir à tribord les îles Canaries ; puis Palma de Majorque des Baléares, des îles ayant une grande réputation dans le tourisme. Les passagers n’arrêtaient pas de photographier de tous les côtés ; pour ma part, je trouvais qu’il n’y avait rien de vraiment beau. Ce que m’a intéressé, c’était le passage de l’Atlantique à la Méditerranée , un bras de mer où se formaient des vagues plus ou moins hautes, le détroit de Gibraltar que j’ai pu bien distinguer un matin. Mais après le passage des îles, cela sentait la fin du voyage ; il fallait se mettre en poste pour ne rien rater.

 

C’est la plus grande et la plus dure traversée que j’ai connue. Un voyage pénible, qui n’en finissaient plus : les collègues se battaient entre eux, en raison des conditions de logement, des repas, etc. Les apprentis marins que nous étions restaient le plus souvent sur la bannette ; et temps en temps nous grimpions les escaliers pour respirer un bol d’air frais. Le décor était toujours le même ; nous flânions de pont en pont, en essayant de courir un peu. Les chefs nous comprenaient et organisaient des jeux. Mais la « terre promise » approchait. Et le bateau se devait de contourner toutes les îles qui étaient sous nous yeux. Il nous a fallu encore deux jours de navigation avant de toucher la terre de France, notre patrie.

 

La passerelle est en place. Tous les voyageurs se bousculent pour retrouver la terre ferme. En regardant la foule sur le quai, je dis à Benjamin, lui posant la question : Ce n’est pas Nicol là-bas ? Et oui, c’était vrai ! Nicol faisait ses études à Marseille. Une fois sur le quai, nous l’avons bien rencontré.

 

            31 jours de mer pour joindre la Réunion à Marseille ; nous étions épuisés.

 

            On nous a rassemblés pour monter dans un camion de l’armée de terre. Benjamin et moi avions vite dit au revoir à Nicol. Je crois que j’ai versé une petite larme. Je ne quittais pas des yeux Nicol, et je le voyais qui s’entretenait avec un lieutenant qui nous accompagnait.

 

            Dans le camion bâché, nous n’avions rien vu de Marseille ; et en peu de temps nous nous sommes retrouvés à la caserne du Muy de cette même ville. Nous avons dîné et puis après nous avions quartier libre. Il nous fallait bien souffler un peu.

 

            Nous étions Benjamin et moi assis sur un ban quand tout à coup, qui voyons-nous franchir la porte d’entrée ? C’était Nicol. N’ayant pas pu vraiment s’entretenir avec nous au débarquement, il s’était renseigné sur le lieu de notre première halte, et après un parcours en bus et à pied, il a pu nous retrouver dans notre première caserne en France. Nous sommes restés ensemble un bon moment ; nous lui avons donné des nouvelles de la Réunion, et nous lui avons expliqué notre engagement dans la marine pour cinq ans. Puis nous nous sommes quittés en souhaitant nous revoir rapidement.

 

            Mais notre voyage n’était pas terminé. À 20 heures nous avions pris le train pour Bordeaux. Ce n’était pas le train d’aujourd’hui, mais de vieux wagons tirés par un diesel. Comme nous n’avions rien vu encore, nous étions malgré cela enchantés, remplis de joie. C’était quand même un train avec des couchettes et qui roulait à une vitesse convenable, peut-être même avec des pointes à 120 km/h voire à 160. Pour nous, c’était incroyable.

 

            Nous y avions passé 8 heures ; le sommeil a eu rapidement raison de notre enthousiasme. À Bordeaux, un car de la marine nous attendait pour nous conduire à Hourtin, centre de recrutement de la marine.

 

 

Publicité

Publié dans Livre

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
Quand je pense qu'aujourd'hui on se plaind du temps passé dans le transports, je crois que lire le récit de votre voyage depuis la Réunion à de quoi remettre les idées en place.<br /> J'ai beaucoup apprécié tes récits sur ces moments passés en mer et les premières impressions des villes que tu as découvert en route. Je pense même que si un jour j'en avais l'opportunité, j'aimerai bien faire un voyage similaire.<br /> Il est étrange de se rendre compte de la différence qu'il y a entre l'idée de ce que l'on se fait d'un voyage et la réalité.<br /> En tout cas merci à toi de nous faire partager ces moments particuliers...<br /> Laurent
Répondre