Rochefort sur mer

Publié le par Janick Lebon

 

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Rochefort sur mer - Le Foch (Le Sao Paulo)

 

Photo : Le cortège du mariage de mon frère Benjamin, il a épousé une Bretonne de Lorient : je suis le cavalier du premier couple, à gauche ; la cavalière du couple du milieu est ma sœur Claudette, qui nous a quittés en 2000.

 

La remise des feuilles de route est terminée ; nous prenons tous le car de la marine pour nous rendre à la gare afin de regagner nos affectations respectives puisque nous ne pouvions pas partir en permission. J’aurais bien aimé passer quelques jours, quelque part, mais où aller ? À l’hôtel ? Impossible, pour une question de fric, tout simplement !

 

N’ayant aucune famille en France susceptible de nous recevoir mon frère et moi, alors comme des prisonniers chacun prend son train. Benjamin et moi nous nous sommes dits au revoir dans la gare. Chacun a pris son quai : mon frère pour rejoindre Toulon et moi Rochefort sur mer, deux directions totalement différentes. Mon train a bien mis trois ou quatre heures pour faire le trajet.

Une fois à destination, j’étais perdu ; et j’ai dû prendre un taxi pour me rendre au lieu de mon affectation. J’ai été bien accueilli, comme le seul à être en avance. On m’a remis mon couchage et présenté ma chambre. Le matelot qui m’a fait faire le tour de la caserne était un Malgache, et il est devenu mon meilleur copain.

 

Pendant ces quelques jours de liberté, mon copain et moi avons visité tous les bars à filles de la ville, et nous retournions à pied à l’école. Souvent, et surtout les week-ends, nous allions danser sur la place de Rochefort. Je ne vous dis pas dans quel état nous étions au retour, mais nous connaissions la route, il n’y avait pas de souci à se faire.

 

Et puis, ce fut pour nous le grand jour : la rentrée des classes, six mois à travailler sur le livre des lois administratives, qui contient toutes les lois sociales – par exemple : la maternité, l’allocation logement, les frais de mission, etc. Il faut savoir taper à la machine à écrire ; il y avait aussi une notation sur le sport, et même sur la tenue vestimentaire. Je me souviens bien de ma machine à écrire, c’était une JAPY. Il fallait pendant l’heure de cours savoir taper une page d’écriture en une demi-heure, et sans faute, bien entendu ; pour cela le clavier doit être caché, et coefficient 3 pour cette épreuve.

 

Pendant ce stage, il s’est mis à neiger. Les Réunionnais sont tous sortis des classes. Qu’est-ce qu’on était contents de voir la neige ! Il a neigé pendant toute la journée. Bagarres avec des boules-de-neige ; construction d’un bonhomme de neige en cinq minutes. Les autres nous regardaient et nous prenaient pour des fous. Nous les Réunionnais n’avions jamais vu de la neige puisque nous venions d’une région tropicale. Ce devait être aussi amusant à nous voir. Mais cela n’a pas duré.

 

Le Foch (Le Sao Paulo)

 

            Après six mois d’études acharnées, ce fut la remise des diplômes sur la place où tous les matins toute l’école se retrouvait pour la levée des couleurs ; la feuille de route et les affectations ont été remises en classe. Suivant les notes recueillies pendant ces six mois, une moyenne a été faite. Tous les élèves ont eu leur nom inscrit au tableau et un classement nous a été donné. Une liste d’affectations a été remise à chaque élève, et en fonction de la note obtenue il avait l’affection qui lui plaisait. J’étais au milieu du tableau, et j’ai choisi le porte-avions FOCH. J’étais content. Tous les collègues de la promotion ont eu droit à une permission de quinze jours et moi je suis resté sur le carreau. Je pouvais passer mes congés dans la caserne ou rejoindre au plus vite le FOCH.

 

            Je décidais de partir pour Brest. Après des heures passées dans le train, je me retrouvais dans l’arsenal où le porte-avions était amarré. Avec un tel bateau imposant, je me disais que ce sera facile de le trouver. J’ai eu beau chercher, …je désespérais même de le trouver. Cela n’arrive qu’à moi ! J’ai fini par rencontrer un matelot qui me renseigna sur le lieu où il se trouvait : il était en cale sèche pour diverses réparations. Cela m’a soulagé.

 

            Je rentre donc à bord de mon bateau, je présente ma feuille de route à un chef qui était dans le bureau ; et il me dit aussitôt : mais vous êtes en permission ! Alors je suis rentré dans des explications : je suis Réunionnais et je n’ai pas de point de chute en France hexagonale, et par conséquent je ne sais pas où aller ! Il m’a présenté au commissaire de bord qui était chef du service administratif, et c'est ce dernier qui m’a dit : considérez-vous comme en vacances à bord ! Vous pouvez quitter le navire ou entrer, vous avez quartier libre.

 

C’est comme ça que j’ai visité l’arsenal avec tous ces navires à quai. En commençant par le Foch lui-même. Quel bateau ! Mille personnes à bord, un grand restaurant pour l’équipage. Je me suis promené sur le pont d’envol ; j’ai vu des avions comme les mirages, les crusaders, les hélicoptères, les alizés, etc. Ils se retrouvent à bord quand le porte-avions est en mer, et l’effectif de l’équipage est alors de 1 200 personnes. Le Foch a été vendu au Brésil. Il porte le nom de « Sao Paulo ».

 

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Publié dans Livre

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