Les deux derniers dans la Marine
Les deux derniers dans la Marine

Photo: Ma mère et sa petite fille Véronique.
J’avais 17 ans quand je demandais à Maman de me laisser partir à l’Ecole des Mousses de Brest (Finistère) pour faire des études et m’engager dans la Marine Nationale. Pour cela il n’y avait pas de contrainte pour la famille, pas de voyage à payer, tout était à la charge de la Marine. Maman n’en a pas voulu. Alors, j’ai continué à moisir en classe à Saint-Pierre, chez les Frères. À l’Ecole des Mousses, pour y rester, il faut travailler dur et être discipliné ; sinon, c’est la porte.
J’avais tellement le béguin pour la Marine, que j’étais sûr de ma réussite. Tous les mardis, à l’aube, je savais qu’il fallait grimper jusqu’à la boutique de Léon (le commerçant chinois du coin) pour voir les paquebots rentrer au port de la Pointe des Galets. Ils étaient quatre : « Le Jean Laborde », « Le Ferdinand de Lesseps », « Le Pierre Loti » et « Le Labourdonnais », tous de la compagnie PAQUET.
Ils étaient tous les quatre identiques : la coque noire et le chapiteau blanc. Par le journal, je me tenais au courant des arrivées et des départs de chaque mardi. À la maison, J’étais donc le seul à suivre les mouvements du Port. Ce n’était jamais le même paquebot. Ils faisaient chacun leur tour pour desservir la Réunion.
J’avais déjà 18 ans et demi, et à un moment où toute la famille se demandait ce qu’on allait faire des deux derniers garçons, Benjamin et Janick. J’ai tout de suite sauté sur l’occasion pour relancer mon idée d’engagement dans la Marine Nationale. Pour l’Ecole des Mousses, j’avais dépassé la limite d’âge ; j’avais donc perdu mon rêve de devenir officier. Il ne me restait plus que l’Ecole des Sous-officiers. Cette fois-ci, Maman donna son accord. Et c’est Jean, mon beau-frère, qui compléta mon idée : Pourquoi ne pas laisser partir Benjamin aussi ? Bon, pas de problème, avait répondu Maman.
Nous voilà, Benjamin et moi lancés à remplir les dossiers ; à passer trois jours à la caserne Lambert à Saint-Denis pour de tests de connaissances, de psychologie et de santé. Il y avait près de 50 candidats à se présenter. Seuls 20 ont été retenus. Benjamin et moi étions du nombre, et nous en étions fiers !
Tous les papiers en règle, dont les passeports, et nous voilà à attendre le feu vert. Un jour d’août 1967, deux lettres de la Marine Nationale arrivèrent à la maison. Notre départ pour la France était fixé. Elles disaient que nous devions quitter la Réunion le prochain mardi à 18 heures à bord du Jean Laborde. Il y aura donc deux marins dans la famille, et, les quatre plus âgés, au fil des ans, ne tardèrent pas à intégrer l’Education nationale.