Quitter sa famille, son île...

Publié le par Janick Lebon

 

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Quitter sa famille, son île…

 Photo: la Caserne Lambert, à St-Denis de la Rèunion.

Le 26 août1967, nous nous présentions à la caserne Lambert à Saint-Denis, à 9 heures du matin. C’était notre dernier jour à la Réunion. Benjamin et moi étions sur notre 31. Maman nous avait acheté à chacun un costume, des chaussettes et des souliers noirs pour notre grand départ. Nous étions prêts à nous jeter dans la vie.

 

            Dans la matinée, nous avions mis nos valises dans le car de l’armée qui devait nous emmener à l’embarquement. Nous avions aussi été conviés à une conférence sur le rôle de la marine nationale en France, en outremer et dans le monde en général. Nous y avons également appris les différents grades et leurs appellations. Aussitôt la conférence terminée, on nous a emmenés au restaurant.

C’était notre premier vrai contact avec l’armée. Nous étions tous avec notre plateau à la main, en file indienne ; et il y avait du monde à la cafétéria. C’était mon tour maintenant à être servi ! Je revois encore le serveur qui plonge sa louche dans la purée, et ensuite ça fait splash sur mon plateau. Heureusement que je le tenais bien ! Il me donna ensuite une portion de boudin et un fruit. Un repas vivement terminé ; je retrouve facilement l’impression que j’avais à ce moment-là : être sorti vivant de ce restaurant, c’est dire le stress de vivre la suite qui était alors en moi.

Rassemblement à 16 heures précises pour monter dans le bus. Nous voilà partis pour le port de la Pointe-des-Galets. Une fois sur le quai, tout le monde descend, et forme des rangs serrés, chacun sa valise à la main. Mais au lieu de nous diriger vers le hall d’entrée, les chefs nous conduisent vers la plage avant du bateau où une trappe ouverte nous attendait. Il fallait descendre tant bien que mal deux étages avec nos valises. Et là ce fut encore de l’imprévu : chercher une couchette ; Benjamin et moi avions rapidement notre place : lui en haut, et moi en dessous. Personne ne parlait ; toutes les joies du départ avaient disparu. Nous allions passés 31 jours…pris comme des rats. Le chapiteau nous était interdit ; pas de piscine, pas de bar. Nous n’avions que le pont pour nous divertir. On aurait pu nous prévenir pour calmer notre enthousiasme ! On avait bien tenu la surprise jusqu’au dernier moment.

Vu de l’extérieur le paquebot est vraiment beau, et sans doute encore plus pour ceux qui voyageaient en première ou même en seconde. Pour nous, c’était la déception.

Une fois les valises sur la couchette, tout le monde faisait la course pour voir le navire quitter le port. Incroyable, le bateau était pourri de l’intérieur. Rambardes rouillées, échelles dans le même état ; ça sentait la moisissure partout. Personne ne s’occupait de la propreté des lieux ; il semblait que personne n’en était chargé. Moi aussi j’ai finalement grimpé les deux étages pour voir le paquebot quitter le port. Benjamin était déjà fidèle au poste sur le pont. Mais quelle sensation ! Un pied sur la marche, le bateau plonge du nez puis remonte d’un seul coup. Je me suis senti vraiment mal quand il s’est mis à rouler, j’ai vomi tout ce que j’avais dans l’estomac. Le tangage et le roulis, ce n’était pas ma tasse de thé. Eh bien si c’est ça la marine, bonjour les dégâts ! Je suis allé me coucher. Donc, pas beaucoup de souvenirs du départ.

Pour le repas du soir, on nous avait remis un couvert complet, à garder jusqu’à l’arrivée à Marseille. Deux d’entre nous, à tour de rôle, devaient aller chercher à manger. Ce fut mon premier repas à bord : soupe et pain à volonté ! je me suis dit alors : Mais mon Dieu, où je suis tombé ?

 

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Publié dans Livre

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