2e escale: Tamatave

Publié le par Janick Lebon

 

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2e escale : Tamatave

 

 Photo: Me voici à 18 ans.

Il ne faisait pas beau. La mer était mauvaise ; le bateau fendait les vagues, puis remontait pour replonger. La vie à bord en était très affectée : personne ne montait sur la plage avant pour se détendre ; de toute façon, il nous était interdit de le faire. Et nous ne menions pas large ; la coque du bateau tremblait à chaque fois que l’étrave plongeait dans les vagues. Benjamin et moi, allongés sur notre bannette essayions de dormir. On voyait de temps en temps quelqu’un courir vers les toilettes, et quand venait le moment de souper, personne ne se présentait à table – il faut dire que les estomacs étaient pas mal remués. Tous les deux nous avions tenu le coup comme deux bons marins, et fait honneur à la cuisine du bateau : un festival dans les plats, puisque personne ne venait manger.

 

            Après une nuit mouvementée, j’étais debout et j’ai constaté alors que la mer s’était calmée. Je m’habillais à toute vitesse et je me suis mis à courir pour me retrouver, comme à chaque fois, sur la plage avant. Quel bonheur ! La vue était imprenable ; je revois encore les côtes de Madagascar qui se profilaient au loin, et je me disais alors que dans deux heures environ ce sera l’escale de Tamatave.

 

            Je décidais de rester à mon poste et de profiter du soleil. Une bande de dauphins nous suivait ; la mer était calme et le bateau glissait sur l’eau comme dans une mer d’huile. Tous les passagers profitaient de ce beau temps : piscine, transat ; c’était sensationnel ! Les collègues nous ont alors rejoints car l’accostage n’allait pas tarder.

 

Comme lors de la première escale, Le Jean Laborde fit des manœuvres pour se mettre le long du quai. La passerelle était mise ensuite en place. Un monde sur les quais ! Les gens se bousculaient pour monter à bord, les filles de joie en tête.

 

Je n’oublierai jamais cette escale, car c’était la première fois que j’ai vraiment découvert l’arnaque : Je revois encore la scène : Je suis en colère, car je viens d’échanger la montre que Georges m’a donnée, une LIP qui marchait très bien. Une histoire à s’arracher les cheveux, à déchirer son chapeau. Un vendeur de montres nous avait présenté sa collection. Des articles pas chers du tout. Il m’avait demandé d’échanger la mienne contre une autre toute neuve. J’étais fier de la transaction, mais au bout d’un certain temps, un de mes collègues me demanda l’heure et je constatais alors que ma belle montre ne marchait plus. Ce n’était qu’un tas de ferrailles, que j’ai jeté aussitôt à la mer sous les rires de mon collègue. Ce voyage par bateau était bien une partie de mon apprentissage de la vie.

 

Toute la journée, Benjamin et moi avions visité Tamatave dans un pousse-pousse. Nous avions vu le palais impérial, et surtout découvert la pauvreté qui sautait aux yeux tout le long du parcours. Tout le monde nous demandait des sous. Nous donnions aux plus démunis quelques pièces de monnaie, étant bien conscients que nous ne pouvions pas faire grand-chose pour changer leur situation. Enfin nous avions réussi à dénicher un restaurant typiquement créole ; ce n’était pas un « trois étoiles », mais le repas était bon. Après le restaurant, nous nous retrouvâmes dans la rue principale. Mon Dieu, que de monde ! Les voitures étaient rares, mais les pousse-pousse, les vieilles Mobylettes, les piétons qui couraient dans tous les sens faisaient une belle animation. Finalement, la poussière dans les rues nous a donné l’envie de regagner le bord.

 

Le départ du navire était prévu pour 17 heures. Pour ne rien rater, je me suis mis en haut près de la passerelle pour voir le débarquement des visiteurs et l’embarquement des nouveaux voyageurs. Puis les cordages ont été hissés, le bateau s’est écarté du quai et je me suis dit : nous voilà partis pour Diégo Suarez, la troisième escale.

 

 

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