Le Colbert en Côte d'Ivoire

Publié le par Janick Lebon

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La Côte d’Ivoire (Abidjan)

 

Photo : C’est au calme dans le séjour de ma maison qu’il m’arrive de refaire les voyages de ma jeunesse.

 

Le Colbert était mouillé au large du petit port d’Abidjan. La plupart des marins avaient quartier libre et pouvaient quitter le bord à l’aide d’une barque qui faisait le va-et-vient entre le bateau et la terre ferme.

 

            Le Colbert était un bateau amiral, basé à Toulon et servait à représenter la France dans tous les pays. Chacune de ses visites dans un pays quelconque se terminait toujours par un apéritif offert à bord offert à tous les dignitaires du pays visité suivi d’un petit bal. Nous étions les maîtres d’hôtel pour cet événement. Ce qui fait que nous n’hésitions pas à déguster les bons petits plats qui passaient à notre portée ; et bien sûr à draguer les filles de tous les hauts gradés. À chaque escale, on faisait appel à notre service commissariat pour peaufiner la soirée. Nous avions notre orchestre et donnions des bals dans tous les pays que nous visitions. En effet, l’orchestre de la marine de Toulon faisait tout le temps la croisière avec nous, pour mettre un peu d’ambiance lors des représentations.

 

En fin de compte, j’ai bien fait de permuter, je ne regrette rien ; c’est bien ce que je voulais : naviguer et visiter des pays – la crainte que j’ai exprimée quelques lignes plus haut ne représentait pas le fond de ma pensée. En effet, j’ai eu la confirmation que ce bateau naviguait beaucoup pour ses croisières et ses exercices en mer avec les Espagnols, les Anglais, les Etats-Unis etc.

 

Notre tenue de sortie était blanche, jusqu’aux chaussures. À Abidjan, les rues étaient poussiéreuses et avec notre tenue la poussière de couleur ocre se voyait encore plus. Tous les jours on faisait la lessive ; heureusement que nous avions deux tenues blanches ; il nous arrivait même d’utiliser de la craie pour masquer les tâches sur le pantalon lors des inspections. Pour les permissionnaires, la méthode de la craie était efficace.

 

Abidjan était une grande ville avec surtout des cases en tôle. Les gens étaient malheureux ; il y avait de la marmaille partout, des infirmes dans tous les coins de la ville. Il faisait très chaud. La prostitution s’étalait partout, et, bien entendu, on en a fait l’expérience. Il y avait une case en bordure de la rue principale, et elle était grande ouverte. Au milieu du salon, sans aucun doute, sur un grand lit se tenait une fille superbe et toute nue. Sur la table de chevet, une boîte en tôle servait de caisse enregistreuse. Fonctionnement de la boite en self-service quoi ! On lui faisait l’amour, puis on allait vers la boîte pour payer le service rendu, cent francs africains. Et pendant ce temps-là, elle devait se laver. On avait remarqué qu’une éponge pendait du plafond, tenue par un élastique. Elle prenait l’éponge, l’utilisait pour s’essuyer et la relâcher immédiatement ; l’éponge faisait splash en heurtant le plafond. Pendant ce temps-là, les copains faisaient des photos. Et on se mettait à rire à ne plus en pouvoir.

 

En revanche, les Européens avaient leur quartier. Ils logeaient dans des bâtiments très hauts, de vingt étages. Des bâtiments de standing avec golf, tennis et piscines. L’ascenseur arrivait directement dans l’appartement. S’il vous arrive un jour de visiter Abidjan, les taxis vous emmèneront directement à l’hôtel Ivoire. C’est magnifique à visiter. Dans la ville elle-même, à part l’artisanat, il n’y avait pas grand-chose à voir.

 

 

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